La cuisine vietnamienne du quotidien révèle une mosaïque de saveurs subtiles et de traditions culinaires millénaires qui rythment la vie de 97 millions d’habitants. Entre les marchés matinaux parfumés aux herbes fraîches et les échoppes de rue fumantes, chaque repas raconte l’histoire d’un peuple façonné par la géographie, le climat tropical et les influences culturelles multiples. Cette gastronomie populaire, loin des restaurants touristiques, offre un aperçu authentique des habitudes alimentaires vietnamiennes, où le riz demeure roi et où chaque région apporte ses spécificités gustatives uniques.
Gastronomie vietnamienne traditionnelle : fondamentaux culinaires du quotidien
La cuisine vietnamienne repose sur des principes fondamentaux qui gouvernent l’alimentation quotidienne depuis des générations. L’équilibre entre les cinq saveurs – sucré, salé, amer, acide et épicé – structure chaque repas, reflétant la philosophie du yin et du yang appliquée à l’art culinaire. Cette harmonie gustative ne se limite pas aux saveurs, mais s’étend aux textures, aux couleurs et aux valeurs nutritionnelles, créant une expérience culinaire complète et satisfaisante.
Les repas vietnamiens traditionnels se composent généralement de trois à cinq plats servis simultanément, accompagnés de riz blanc comme base nutritionnelle principale. Cette approche communautaire du repas favorise le partage et renforce les liens familiaux, transformant chaque moment culinaire en rituel social. Les portions individuelles restent modérées, privilégiant la variété à la quantité, une approche qui contribue naturellement à un régime alimentaire équilibré.
Nuoc mam et condiments fermentés : bases aromatiques essentielles
Le nuoc mam, sauce de poisson fermentée, constitue l’épine dorsale de la cuisine vietnamienne quotidienne. Cette sauce ambrée, obtenue par fermentation d’anchois salés pendant 12 à 24 mois, apporte cette saveur umami caractéristique qui sublime les plats les plus simples. Chaque région produit son nuoc mam avec des particularités gustatives distinctes, l’île de Phu Quoc étant reconnue pour produire la qualité premium.
Au-delà du nuoc mam, les condiments fermentés enrichissent quotidiennement les repas vietnamiens. Le mam ruoc, pâte de crevettes fermentées violacée, accompagne traditionnellement le bun dau mam tom, tandis que le tuong, pâte de soja fermentée, relève les légumes sautés et les marinades. Ces fermentations apportent non seulement des saveurs complexes, mais contribuent également à la santé digestive grâce aux probiotiques naturels qu’elles contiennent.
Riz gluant et riz jasmin : céréales de consommation quotidienne
Le riz jasmin parfumé constitue la base nutritionnelle de 90% des repas vietnamiens quotidiens. Cette variété à grains longs, cultivée principalement dans le delta du Mékong, se distingue par son arôme délicat et sa texture légèrement collante une fois cuite. Les familles vietnamiennes consomment en moyenne 150 kg de riz par personne et par an, soit plus de trois fois la consommation mondiale moyenne.
Le riz gluant, ou nep, occupe une place particulière dans l’alimentation quotidienne, notamment au petit-déjeuner. Le xoi, riz gluant cuit à la vapeur et agrémenté de diverses gar
nitures comme les haricots mungo écrasés, les cacahuètes grillées, l’oignon frit ou encore des lamelles de poulet ou de porc. Consommé salé (xoi man) ou sucré (xoi ngo, xoi dau xanh), il constitue un petit-déjeuner nourrissant, un en-cas sur le pouce ou même un repas complet pour les travailleurs matinaux. Dans de nombreuses familles, le riz gluant reste aussi associé aux fêtes et aux offrandes aux ancêtres, perpétuant un lien fort entre alimentation quotidienne et spiritualité.
Herbes fraîches vietnamiennes : coriandre, menthe et basilic thaï
Les herbes fraîches occupent une place centrale dans la cuisine vietnamienne du quotidien, au point d’accompagner presque systématiquement soupes, nouilles et plats de riz. La coriandre longue, la menthe vietnamienne, le basilic thaï, la rau răm (persicaria odorata) ou encore les jeunes pousses de salade apportent fraîcheur, croquant et complexité aromatique. À la manière d’une palette de peintre, chaque herbe permet d’ajuster les saveurs selon la saison, la région et les préférences individuelles.
Sur les marchés, vous verrez souvent des bottes d’herbes vendues en mélange, prêtes à être déposées au centre de la table familiale. Les Vietnamiens les ajoutent au dernier moment dans le bol de pho, dans un bun cha ou en accompagnement de rouleaux de printemps, afin de préserver vitamines et senteurs volatiles. Cette abondance d’herbes aromatiques contribue non seulement au goût, mais aussi à l’équilibre digestif des repas, en limitant la sensation de lourdeur liée aux fritures ou aux viandes grasses.
Pour un voyageur, ces herbes fraîches peuvent surprendre par leur intensité, mais elles sont aussi un excellent repère pour identifier un restaurant de bonne qualité. Plus le panier d’herbes est varié, croquant et bien lavé, plus vous avez de chances de déguster une cuisine soignée et typiquement vietnamienne. N’hésitez pas à goûter chaque feuille séparément pour reconnaître peu à peu les parfums qui reviendront dans la plupart de vos repas au Vietnam.
Techniques de cuisson vapeur et sauté au wok
Au quotidien, les Vietnamiens privilégient des techniques de cuisson rapides et sobres, qui respectent la texture des aliments et préservent les nutriments. La cuisson à la vapeur, qu’il s’agisse de riz gluant, de poissons entiers ou de petits gâteaux de riz, permet d’obtenir des plats légers, peu gras et très digestes. Les paniers en bambou empilés, posés au-dessus de grandes marmites d’eau bouillante, restent une image familière dans les cuisines familiales comme dans les échoppes de rue.
Le sauté au wok, ou xao, constitue l’autre pilier technique de la cuisine quotidienne. À feu vif, en quelques minutes, légumes croquants, lamelles de bœuf, porc mariné ou tofu prennent couleur et relief grâce à l’ail, à la sauce de poisson et parfois à une pointe de sucre. Ce mode de cuisson, comparable à une « peinture rapide » sur toile chaude, permet d’enchaîner plusieurs plats en un temps réduit, idéal pour les ménages où tout le monde travaille et rentre à des horaires différents.
Ces techniques limitent l’usage de matières grasses et évitent les longues cuissons qui appauvrissent les qualités nutritionnelles. Pour vous, voyageur, cela signifie qu’il est tout à fait possible de manger tous les jours dans les petites cantines locales sans ressentir la lourdeur associée à d’autres cuisines asiatiques plus grasses. En observant un cuisinier à l’œuvre, vous remarquerez d’ailleurs à quel point la maîtrise du feu – plus ou moins vif, prolongé ou très bref – est au cœur de l’art culinaire vietnamien.
Petit-déjeuner vietnamien : spécialités matinales régionales
Au Vietnam, le petit-déjeuner est un véritable repas, souvent aussi complet qu’un déjeuner occidental. Dès 5 ou 6 heures du matin, les rues s’animent autour des stands de nouilles fumantes, des vendeurs de riz gluant et des paniers de banh mi croustillants. Chaque région, du Nord au Sud, décline à sa manière ces spécialités matinales, mais toutes répondent à la même logique : apporter énergie, chaleur et réconfort pour bien commencer la journée.
Les Vietnamiens privilégient généralement des plats chauds au petit-déjeuner, qu’il s’agisse de soupes, de bouillies de riz ou de nouilles sautées. Cette habitude, parfaitement adaptée au climat et au rythme de vie local, surprend souvent les voyageurs qui associent matinée à café-croissant. Pourtant, après quelques jours, nombreux sont ceux qui adoptent avec enthousiasme ces nouvelles routines matinales, tant la cuisine vietnamienne du matin est variée et équilibrée.
Pho bo et pho ga : soupes tonkinoises emblématiques
Dans le Nord du Vietnam, et plus particulièrement à Hanoï, le pho demeure le roi incontesté du petit-déjeuner. Le pho bo (au bœuf) et le pho ga (au poulet) se composent d’un bouillon limpide longuement mijoté, de nouilles de riz plates et de fines tranches de viande, le tout relevé par de la ciboule, de la coriandre et une pointe de citron. Pour beaucoup de Hanoïens, la journée ne commence vraiment qu’après avoir savouré un bol de pho fumant dans leur échoppe de quartier préférée.
La différence entre pho bo et pho ga ne se limite pas à la viande choisie. Le bouillon de bœuf, plus corsé, développe des notes d’os grillés, de cannelle et d’anis étoilé, tandis que le bouillon de poulet mise sur la délicatesse et la douceur. En pratique, les familles alternent entre les deux selon la saison, l’appétit ou simplement l’humeur du jour. Vous remarquerez que les Vietnamiens assaisonnent peu directement dans la marmite : chacun ajuste ensuite dans son bol à l’aide de piment, de sauce de poisson ou de vinaigre parfumé à l’ail.
Pour un voyageur soucieux d’hygiène alimentaire, le pho constitue un excellent choix : bouillon porté à ébullition, viande cuite à la commande, herbes fraîches facilement identifiables. Lorsque vous choisissez une échoppe, privilégiez celles qui affichent un fort « turnover », où les marmites se vident rapidement et se remplissent à nouveau. C’est souvent le meilleur indicateur de fraîcheur au Vietnam.
Banh mi sandwich : héritage colonial français adapté
Le banh mi est l’autre grande star du petit-déjeuner vietnamien, surtout dans le Centre et le Sud. Hérité de la baguette française, le pain vietnamien s’est transformé au fil du temps : plus léger, plus aéré, avec une croûte très croustillante, il se prête parfaitement aux garnitures locales. On y trouve généralement pâté vietnamien, charcuterie, porc grillé, concombre, carottes marinées, coriandre fraîche et une sauce maison légèrement sucrée.
Dans les grandes villes comme Hô Chi Minh-Ville, des stands de banh mi s’installent à chaque coin de rue dès l’aube. Pour quelques dizaines de milliers de dongs, vous repartez avec un sandwich complet, facile à emporter et à manger en marchant ou en bus. C’est l’équivalent local du sandwich jambon-beurre, mais enrichi de l’exubérance aromatique vietnamienne. Certaines échoppes se sont même spécialisées, proposant banh mi op la (avec œufs au plat), banh mi xiu mai (boulettes de porc en sauce) ou versions végétariennes à base de tofu.
Si vous craignez les crudités pour des raisons d’hygiène, il est tout à fait possible de demander un banh mi « chaud » avec uniquement garnitures cuites et sans salade crue. N’hésitez pas à observer la propreté du plan de travail, la manière dont le pain est conservé et la fraîcheur des légumes. Dans la plupart des cas, la rotation rapide des clients contribue à limiter les risques, surtout le matin lorsque tout vient d’être préparé.
Che ba mau : dessert tricolore aux haricots mungo
Moins connu des voyageurs comme plat du matin, le che ba mau – littéralement « dessert trois couleurs » – s’invite pourtant régulièrement au petit-déjeuner ou en milieu de matinée, surtout dans le Sud. Il se compose de couches successives de haricots mungo, de haricots rouges, de gelée verte parfumée au pandan et de glace pilée, le tout nappé de lait de coco sucré. Visuellement, c’est un véritable arc-en-ciel dans un verre ; gustativement, un mélange de textures étonnamment équilibré.
Ce dessert, qui pourrait rappeler à certains les parfaits glacés occidentaux, remplit plusieurs fonctions au quotidien. Il rafraîchit pendant les jours de grande chaleur, apporte des glucides complexes grâce aux légumineuses et sert aussi de petite récompense gourmande après un petit-déjeuner plus frugal. Dans de nombreuses familles du Sud, on n’hésite pas à acheter un che à emporter sur le chemin du travail ou de l’école.
Pour les palais occidentaux, le mélange haricots-sucre peut d’abord surprendre, mais il s’inscrit dans une logique asiatique plus large où les légumineuses servent de base aux desserts. Si vous souhaitez découvrir en douceur la pâtisserie vietnamienne, le che ba mau est un excellent point de départ, d’autant qu’il est préparé à partir d’ingrédients simples et généralement bouillis, donc sûrs du point de vue sanitaire.
Ca phe sua da : café glacé au lait concentré sucré
Aucun tableau du petit-déjeuner vietnamien ne serait complet sans le ca phe sua da, le fameux café glacé au lait concentré. Préparé à partir de café robusta local, souvent très corsé, il est filtré lentement dans une petite cafetière métallique individuelle avant d’être versé sur des glaçons et du lait concentré sucré. Le résultat, à mi-chemin entre espresso serré et dessert lacté, procure un coup de fouet énergétique apprécié des travailleurs comme des étudiants.
Au quotidien, les Vietnamiens consomment ce café aussi bien en terrasse que debout au comptoir d’un « café trottoir ». Le matin, on le boit souvent accompagné d’un banh mi ou d’un bol de xoi, dans une atmosphère à la fois animée et contemplative. Pour beaucoup, ces quelques minutes passées à siroter un ca phe sua da, à observer la rue qui s’éveille, font partie intégrante du rituel matinal.
Si vous êtes sensible à la caféine, gardez à l’esprit que le café vietnamien est particulièrement puissant. Il peut être judicieux de demander un café « bac siu » – version plus lactée et moins chargée en café – ou de limiter votre consommation à un verre le matin. Dans tous les cas, découvrir la culture du café au Vietnam, c’est aussi mieux comprendre le rythme de vie local, où l’on prend encore le temps de se poser, même au cœur des métropoles les plus dynamiques.
Déjeuner traditionnel : plats principaux et accompagnements
Le déjeuner, ou bua trua, marque une pause importante dans la journée vietnamienne, même si le rythme moderne en ville tend parfois à le raccourcir. Dans les campagnes comme dans les petites villes, beaucoup rentrent encore à la maison pour partager un repas chaud autour d’une table basse ou sur des nattes au sol. Le modèle reste celui d’un repas composé de riz blanc, d’un plat de viande ou de poisson, d’un plat de légumes, d’une soupe légère et de petits condiments fermentés ou marinés.
Dans les zones urbaines, les Vietnamiens optent de plus en plus pour les cantines populaires appelées com binh dan (« riz populaire »). Sur un comptoir, une dizaine de plats différents – porc caramélisé, poulet sauté au gingembre, tofu à la tomate, légumes verts sautés à l’ail, poisson braisé, omelette aux herbes – sont disposés dans de grands plateaux en inox. Chacun compose son assiette en pointant les mets désirés, qui viennent accompagner un bol de riz fumant. Cette formule, à la fois économique et variée, reflète parfaitement les habitudes alimentaires quotidiennes.
Pour un voyageur, ces cantines constituent une excellente porte d’entrée dans la cuisine familiale vietnamienne. En observant ce que choisissent les habitués, vous découvrirez très vite les classiques du déjeuner : thit kho tau (porc braisé à la coco dans le Sud), ca kho to (poisson caramélisé en casserole d’argile), ou encore rau muong xao toi (liseron d’eau sauté à l’ail). La présence systématique d’une petite soupe claire, souvent servie gratuitement, illustre l’importance accordée à l’hydratation et à l’équilibre digestif au cours du repas de midi.
Dîner familial vietnamien : rituels culinaires communautaires
Le dîner, ou bua toi, reste le moment le plus convivial de la journée, celui où la famille se retrouve après le travail et l’école. Contrairement à certaines cultures où le repas du soir se compose d’un plat unique copieux, le dîner vietnamien reprend la structure du déjeuner : plusieurs petits plats servis simultanément, au centre de la table, que chacun partage avec son propre bol de riz. Cette organisation favorise la conversation, le partage et la modération, chaque convive piochant tour à tour dans les différents mets.
Au quotidien, le dîner s’articule souvent autour des restes du déjeuner, complétés par un plat fraîchement préparé, qu’il s’agisse d’un poisson grillé, d’un bol de canh (soupe légère) ou de légumes rapidement sautés. Dans les familles urbaines pressées, il n’est pas rare de commander un ou deux plats en livraison – par exemple du poulet rôti, des rouleaux de printemps ou du bun cha – qui seront ensuite intégrés au repas familial. La flexibilité et l’adaptation aux contraintes de temps caractérisent ainsi la table vietnamienne contemporaine.
Le rituel du dîner comprend aussi quelques règles implicites : les plus jeunes servent le thé ou l’eau, on attend que les aînés aient commencé à manger, et l’on invite symboliquement chacun à se restaurer par la formule « moi ca nha an com » (j’invite toute la famille à manger du riz). Même dans les foyers modernes avec télévision et smartphones, de nombreux Vietnamiens tiennent à préserver ce moment de partage, conscient qu’il constitue un pilier de la cohésion familiale.
Variations régionales culinaires : nord, centre et sud vietnam
Si la structure des repas quotidiens reste relativement homogène dans tout le pays, les saveurs et les ingrédients varient sensiblement entre le Nord, le Centre et le Sud. Ces différences reflètent à la fois le climat, les ressources naturelles disponibles et l’histoire culturelle propre à chaque région. Pour bien comprendre ce que l’on mange au Vietnam au quotidien, il est donc essentiel d’observer ces nuances régionales.
En simplifiant, on peut dire que le Nord privilégie l’équilibre et la subtilité, le Centre la puissance aromatique et le piquant, et le Sud la générosité et la douceur sucrée. En voyage, passer d’Hanoï à Hué puis à Saïgon, c’est un peu comme parcourir un menu dégustation à l’échelle d’un pays entier, où chaque étape raconte une facette différente de l’identité vietnamienne.
Cuisine hanoi et delta du fleuve rouge : influences chinoises
Dans le Nord, et particulièrement à Hanoï et dans le delta du fleuve Rouge, la cuisine quotidienne porte l’empreinte des échanges séculaires avec la Chine voisine. On y retrouve une prédilection pour les soupes claires, les bouillons travaillés et les plats mijotés à feu doux. Le sel, le nuoc mam et parfois la sauce de soja dominent l’assaisonnement, tandis que le sucre reste discret, utilisé avec parcimonie.
Les plats emblématiques du quotidien incluent le pho, bien sûr, mais aussi le bun cha (porc grillé servi avec vermicelles de riz et herbes fraîches), le cha ca (poisson mariné au curcuma et à l’aneth) ou encore le bun thang (soupe de vermicelles au poulet, œuf et jambon vietnamien). On trouve également de nombreuses préparations à base de légumes verts, de tofu et de poissons d’eau douce issus des rizières et des rivières. Le climat plus frais du Nord favorise aussi la consommation de plats mijotés en hiver, comme les fondues (lau) partagées entre amis ou en famille.
Contrairement à une idée reçue, la cuisine du Nord est généralement peu pimentée au quotidien. Le piment est plutôt servi à part, sous forme de rondelles fraîches ou de pâte, pour que chacun ajuste sa dose. Si vous n’aimez pas les plats trop relevés, Hanoï et ses environs constituent donc une excellente porte d’entrée vers la gastronomie vietnamienne.
Gastronomie de hué : raffinement culinaire impérial
Au Centre du Vietnam, la ville de Hué se distingue par une tradition culinaire directement héritée de son passé de capitale impériale. La cuisine quotidienne y est marquée par un soin particulier apporté à la présentation, à la diversité des petits plats et à l’équilibre des textures. Même un repas simple peut rappeler, par son raffinement, les banquets de la cour des Nguyen.
Les habitants de Hué consomment régulièrement des plats comme le bun bo Hue (soupe de nouilles au bœuf et à la citronnelle, plus épicée que le pho), les banh beo (petites galettes de riz vapeur garnies de crevettes et de couenne croustillante) ou le banh nam (gâteau de riz farci cuit dans une feuille de bananier). Ces préparations, souvent proposées en petites portions, permettent de multiplier les saveurs au cours d’un même repas, à la manière d’une série de tapas vietnamiennes.
Le piquant occupe ici une place centrale : piment frais, huile de piment, pâte de crevettes fermentées sont utilisés au quotidien, même dans les plats les plus simples. Si vous êtes peu habitué aux mets relevés, il est prudent de préciser « it cay » (peu pimenté) en commandant. Cette intensité aromatique reflète aussi la personnalité des habitants du Centre, réputés travailleurs, résistants et attachés à leurs traditions, dans une région régulièrement exposée aux typhons et aux aléas climatiques.
Saveurs saïgonnaises : fusion cambodgienne et thaïlandaise
Dans le Sud, autour de Hô Chi Minh-Ville (Saïgon) et jusqu’au delta du Mékong, la cuisine quotidienne se fait plus sucrée, plus généreuse et plus influencée par les cuisines cambodgienne, chinoise et thaïlandaise. Le climat tropical, l’abondance de fruits, de légumes et de poissons, ainsi que l’histoire des migrations ont donné naissance à une gastronomie métissée, colorée et très accessible aux palais occidentaux.
Au déjeuner comme au dîner, on rencontre fréquemment le com tam (riz brisé au porc grillé), le hu tieu (soupe de nouilles de riz d’inspiration cambodgienne), le bun thit nuong (vermicelles de riz au porc grillé et aux herbes) ou encore les banh xeo (crêpes de riz farcies aux crevettes et germes de soja). Les sauces sont souvent légèrement sucrées, le lait de coco apparaît dans de nombreux currys doux et plats mijotés, et les fruits tropicaux – mangue verte, papaye, ananas – se glissent aussi bien dans les salades que dans les desserts.
Pour vous, voyageur, la cuisine saïgonnaise peut donner l’impression d’un grand terrain de jeu culinaire où tout semble possible. Les marchés de rue regorgent de snacks, de brochettes, de boissons fraîches et de desserts colorés, à des prix très abordables. À condition de respecter quelques règles d’hygiène simples – choisir les stands fréquentés, privilégier les aliments bien cuits, éviter la glace pilée de provenance douteuse – il est tout à fait possible d’y manger au quotidien sans souci.
Spécialités du mékong : produits aquacoles et tropicaux
Le delta du Mékong, immense labyrinthe de bras de fleuves, de canaux et de rizières, offre un terroir unique qui se reflète dans l’alimentation quotidienne de ses habitants. Ici, le poisson d’eau douce, les crevettes, les crabes de rizière et les escargots de champ occupent une place prépondérante à table. Le riz, cultivé en plusieurs récoltes par an, fournit la base des repas, tandis que fruits et légumes tropicaux complètent un paysage culinaire d’une richesse exceptionnelle.
Parmi les plats courants, on peut citer le canh chua ca (soupe aigre-douce au poisson, tomates et ananas), le poisson grillé entier servi avec herbes et galettes de riz, ou encore les salades de tiges de lotus et de banane verte. Les habitants du delta consomment également beaucoup de che (desserts sucrés à base de haricots, tapioca et lait de coco) et de fruits frais, qu’ils croquent à tout moment de la journée. L’impression générale est celle d’une cuisine abondante, joyeuse, très liée au rythme du fleuve et des saisons.
Si vous séjournez chez l’habitant dans le Mékong, vous aurez sans doute l’occasion de participer à la préparation d’un poisson fraîchement pêché ou d’une salade de fleurs de bananier. Ces expériences montrent à quel point la frontière entre alimentation quotidienne et terroir naturel reste ténue dans cette région, où l’on mange ce que la rivière et le jardin offrent, presque sans intermédiaires.
Boissons quotidiennes et tisanes médicinales vietnamiennes
Au-delà du célèbre café vietnamien, les boissons occupent une place importante dans la vie quotidienne, notamment pour s’adapter à la chaleur et à l’humidité du climat tropical. L’eau de thé vert léger, servie chaude ou tiède, accompagne presque systématiquement les repas, qu’il s’agisse d’un simple bol de nouilles ou d’un banquet familial. Dans de nombreux foyers, une théière repose en permanence sur la table ou près de l’autel des ancêtres, prête à être remplie à tout moment de la journée.
Les Vietnamiens consomment également une grande variété de tisanes dites « médicinales », préparées à partir de plantes locales, de fleurs séchées ou de graines. On trouve par exemple l’infusion de chrysanthème pour se rafraîchir, la tisane de maïs (barbes de maïs) pour soutenir les fonctions rénales, ou encore les décoctions de gingembre et de citronnelle pour prévenir les coups de froid. Ces boissons, souvent servies tièdes, illustrent la manière dont la cuisine vietnamienne intègre en permanence des notions de prévention et d’équilibre de la santé.
Dans la rue, les stands de « nuoc mia » (jus de canne à sucre pressée), de jus de canneberge locale (nuoc tac) ou de jus de canneberge-limette se multiplient, surtout aux heures chaudes. Ces boissons sucrées et bon marché permettent de se réhydrater rapidement, même si, pour des raisons d’hygiène, il est préférable de choisir des vendeurs utilisant des glaçons industriels et des verres jetables. Une autre boisson populaire est le tra da (thé glacé), servi gratuitement ou à très faible coût dans de nombreux cafés et restaurants, véritable « eau de table » vietnamienne.
Enfin, le soir ou lors des repas festifs, les Vietnamiens peuvent partager quelques bières locales ou un verre d’alcool de riz infusé avec des plantes, des racines voire des fruits de la forêt. Là encore, la dimension médicinale et conviviale se mêle : on boit pour trinquer, mais aussi pour « chauffer le corps » ou « chasser le vent » selon les concepts traditionnels. Pour un voyageur, découvrir ces boissons quotidiennes et ces tisanes, c’est compléter l’expérience culinaire au-delà des seuls plats, et mieux comprendre comment, au Vietnam, manger et boire relèvent d’un même art de vivre.
